Éditorial : “Les avenirs de Barthes”

Le souci de l’avenir qui se fait jour chez Barthes a commencé d’être étudié et documenté, en particulier le désir utopique ou le grand projet romanesque Vita nova qui a occupé Barthes dans les dernières années de sa vie. Sans délaisser ces motifs, l’ambition de ce numéro est de rendre son ampleur à ce souci, afin d’en restituer le dynamisme et la pluralité, d’en dégager les lignes de forces et les variations. Si l’œuvre de Barthes apparaît à bien des égards comme mangée d’avenir, il reste à observer comment cette aimantation particulière à l’égard du futur évolue dans le temps, et comment celle-ci se décline suivant des échelles, des portées et des régimes variés.

Barthes cybernéticien ?

La cybernétique se caractérise par une transdisciplinarité et un usage contrôlé du procédé de l’analogie homme/ machine. Elle n’est pas une approche relativement unifiée que Barthes adopte, emprunte, braconne ou bricole puisqu’elle se donne d’emblée comme une configuration plus ou moins mouvante selon l’auteur qui s’en réclame.

Barthes à l’ère numérique

Bien que souvent présenté comme un antimoderne, selon la formule contestée d’Antoine Compagnon, Roland Barthes est, volens nolens, éminemment présent à l’ère numérique : sa description du monde comme un espace plat de signes global permet de comprendre la conversion du monde en data 

La responsabilité de Roland Barthes

La responsabilité est l’un des gestes prospectifs majeurs, et son emploi chez Barthes s’avère double et problématique. Elle est tantôt fortement affirmée et tantôt refusée avec une nonchalance provoquante. C’est que la notion de responsabilité a pour Barthes deux valences différentes : une responsabilité sélective remontant à l’engagement sartrien et impliquant un choix à faire, et une responsabilité intégrale qui consiste à savoir ne pas choisir. La double idée de responsabilité se laisse suivre à travers quelques grandes oppositions conceptuelles de Barthes : dénotation/connotation, sujet/prédicat, langue/écriture, science de la littérature / critique, écrivains/écrivants, corps/image, et aussi science/littérature.

Roland Barthes : moderne, antimoderne, postmoderne, après-moderne ?

La pensée de Roland Barthes était tellement ondoyante, comme un tissu diapré virevoltant autour d’une danseuse andalouse, ou comme les camaïeux qu’il a évoqués dans son cours sur le Neutre, qu’il est loisible de tenir à son sujet des propos tout à fait contradictoires sans pour autant se fourvoyer. Soit deux lecteurs s’opposant frontalement quant à leur interprétation de son œuvre : il se peut qu’ils aient tous deux raison. Aussi, comme le note Claudia Amigo Pino : « Il est possible de classer l’œuvre de Barthes en mille parties : on peut parler du Barthes sémiologue, du Barthes hédoniste, du Barthes critique… Mais il est également possible de classer ses lecteurs […]. »

Penser la théorie au futur (Barthes, Genette, Todorov)

C’est souvent avec inquiétude ou circonspection, aujourd’hui, que l’on évoque l’actualité, et a fortiori l’avenir de la théorie littéraire. Depuis le reflux du structuralisme vers le mitan des années 1970, l’heure du bilan n’a cessé de sonner. Antoine Compagnon, Tzvetan Todorov et d’autres ont ainsi multiplié ces dernières années les témoignages et les synthèses, se retournant sur ce présumé « âge d’or » de la théorie littéraire, pour en dresser l’inventaire et en juger la postérité.